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La génération Bêta et la mode : les premiers enfants de l’IA

  • Writer: Madeleine Haddad
    Madeleine Haddad
  • 2 days ago
  • 4 min read


La mode a toujours aimé courir après la jeunesse, mais ces dernières années, elle s’est mise à courir après quelque chose d’encore plus insaisissable : l’avenir. Après avoir transformé la génération Z en emblème, après avoir scruté les Alpha comme une armée de mini digital natives, l’industrie s’est trouvée une nouvelle obsession. Une génération à peine sortie du berceau, parfois même pas encore scolarisée : la génération Bêta, ces enfants nés à partir de 2020, déjà présentés comme les premiers véritables IA natives.


La terminologie dit déjà tout. Là où les Alpha ont grandi avec un écran comme compagnon, les Bêta grandissent dans un environnement où l’intelligence artificielle n’est plus un outil occasionnel, mais un décor permanent. Ils ne découvrent pas la technologie, ils évoluent à l’intérieur. Un enfant né en 2020 aura passé sa petite enfance dans un monde où une IA répond aux questions plus rapidement que ses parents, où les jouets apprennent tout seuls, où la voix d’une machine peut raconter des histoires, calmer des angoisses ou proposer une activité. L’IA n’est pas un objet dans leur chambre ; c’est une présence dans leur quotidien.

Mais ce récit n’est pas tant une description fidèle de ces enfants qu’un miroir tendu vers les adultes qui les imaginent. Car la mode adore la jeunesse, mais ce qu’elle aime encore plus, c’est la projection. Elle fantasme déjà les goûts, les comportements et les désirs de bébés qui n’ont jamais choisi un vêtement. Elle défile pour un public futur, comme si l’anticipation suffisait à créer une génération.



Les Alpha digital natives, les Bêta IA natives


Les Alpha, nés entre 2010 et 2019, ont été élevés dans un monde où l’écran était un compagnon du quotidien. Ils ont été les premiers digital natives, à grandir dans une culture façonnée par les tablettes, les tutoriels, les flux courts et instantanés. Leur consommation précoce a surpris les marques, qui ont découvert qu’un enfant pouvait influencer le panier familial aussi sûrement qu’un adolescent autrefois.

Les Bêta, nés à partir de 2020, incarnent une étape supplémentaire. Ces enfants ne sont plus simplement entourés d’objets connectés : ils sont immergés dans une infrastructure où l’IA est partout. On leur prête déjà une manière de penser influencée par les algorithmes, un apprentissage modulé par les recommandations, une curiosité façonnée par les interfaces plutôt que par le hasard. Ils sont décrits comme les premiers véritables IA natives, non pas parce qu’ils manipulent la technologie, mais parce qu’ils naîtront dans un monde déjà réécrit par elle.


 

La mode, toujours en avance sur le futur (au moins en apparence)


Ce glissement vers l’IA native stimule l’imagination des créateurs. La mode, qui adore anticiper ce qui vient, perçoit dans les Bêta une génération qui exigera une fluidité parfaite entre physique et digital. Dans certaines maisons, on imagine déjà des silhouettes hybrides, des vêtements pensés autant pour le corps que pour l’avatar, des expériences immersives où l’enfant évoluera dans un vestiaire parallèle.

Les plateformes comme Roblox ou Fortnite, déjà explorées pour séduire les jeunes Alpha, apparaissent ici comme des terrains d’expression naturels. Les designers y testent des capsules digitales, des accessoires virtuels, des matières impossibles. Les défilés se transforment en mondes narratifs, conçus pour habituer le futur public à une mode qui ne sera plus seulement tangible.

Mais cette précipitation révèle autre chose : la mode parle des Bêta parce qu’elle ne sait plus comment parler du présent. L’industrie est saturée d’images, d’innovations et de récits autour de la technologie. La figure de l’enfant IA devient un refuge narratif. Elle permet d’imaginer un monde neuf, où les problématiques actuelles, ralentissement économique, crise du sens, saturation des tendances s’évaporent dans une promesse de futurisme.



Une génération inventée pour rassurer l’industrie


On oublie pourtant que cette génération n’a rien d’homogène. Un enfant né en 2020 à Paris n’a rien en commun avec un enfant né la même année à Lagos, São Paulo ou Jakarta. Le concept même de génération devient fragile lorsque la technologie et les conditions sociales creusent des écarts immenses.

Mais la segmentation générationnelle rassure les marques. Elle permet de ranger l’humanité par tranches bien ordonnées, de donner l’illusion qu’un comportement collectif émerge simplement par cohorte. La génération Bêta devient alors une construction imaginaire, un produit conceptuel qu’on cite dans les conférences, qu’on inscrit dans les briefs créatifs et qu’on dessine dans les moodboards.

La mode ne décrit pas la réalité de ces enfants : elle crée une cible. Une silhouette future qui n’a pas encore d’opinion, mais qui peut déjà porter une vision.



Les vrais enfants derrière les fantasmes


La vérité est que les Bêta seront probablement beaucoup plus imprévisibles que les projections qu’on fabrique pour eux. Peut-être rejeteront-ils l’IA par lassitude. Peut-être réclameront-ils un retour au tangible, à la lenteur, à la présence humaine. Peut-être, au contraire, s’approprieront-ils les technologies de manière totalement inattendue, loin des constructions narratives que l’industrie bâtit aujourd’hui.

Ce qui est sûr, c’est que les enfants échappent toujours aux discours écrits à leur place. La mode imagine un consommateur, mais ce consommateur sera une personne. Et une personne ne se résume jamais à une date de naissance.



Le futur comme fiction marketing


La génération Bêta, telle qu’on la décrit aujourd’hui, est surtout une fiction. Une fiction pratique, séduisante, presque nécessaire pour une industrie qui se nourrit de récits. Elle sert d’écran à nos inquiétudes technologiques, d’espace pour recycler les imaginaires futuristes, de prétexte pour repousser les limites de la création.

Mais la vérité est simple : la mode s’adaptera à ces enfants lorsqu’ils existeront vraiment. Pour l’instant, elle fabrique des générations comme elle fabrique des tendances, avec un mélange de fascination, d’inquiétude et d’imagination. Le futur n’est jamais stable, mais toujours en construction. Et peut-être est-ce là que réside son charme.

 
 

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